Flamenco
¡Por Satanás! ¡Por Barrabás!
[...] I did not choose guitar, guitar chose me [...]
[...] Flamenco drove me crazy and I wanted to be a flamenco guitarist [...]
[...] Flamenco, like our son and jazz, are not cartesian musics; they transgress order, and when it seems they are reaching a new order, they break it successively [...]
entrevista con A (2007 vide infra)
  C'est un fait qu'on ne connait pas un guitariste "classique" qui n'ait été "fasciné" par le flamenco; Regino Sainz de la Maza, Miguel Llobet, Emilio Pujol, Narciso Yepes, Arnaud Dumond, Michel Sadanowski, Rafael Andia, ... (sauf Andres Segovia qui dédaignait "el flamenco de hoy" et peut-être Alberto Ponce "qui n'en parlait jamais"), ... c'est-à-dire, selon les périodes, par Montoya, Sabicas ou Paco de Lucia (pour se limiter à la guitarra flamenca). En somme, la guitare classique (the spanish guitar) n'en finira jamais d'en revenir au ghetto andalou même s'il faut savoir en sortir, selon l'expression de Brouwer. Il faut comprendre ici: dans le but de composer pour la guitare un répertoire moderne et contemporain (Bartok, Stravinsky, ... )
  Même les guitaristes de "jazz", Gabor Szabo, John Mc Laughlin, Al di Moela, ... s'en approchent autant qu'ils peuvent. Moins les gens du folk et du rock.
  Seuls les afro-americains qui ont leur racines dans le blues ne semblent pas le regarder de trop près. Ceci est aussi valable pour les antillais (Didier Ramdine). En somme, ceux-ci ont d'autre priorité. Pourtant un camourenais comme Francis Bebey mêlait guitare flamenco, flûte pygmée et senza. Et Miles Davis était là pour démentir toute généralisation (Flamenco sketches).

  Et quand les guitaristes de flamenco regardent du côté du classique, il en sort toujours quelque chose d'intéressant, comme si la passion, la vigueur et la simplicité engagées (il est de bon ton de dire que tout le flamenco repose sur trois accords!...) agissaient comme une cure de jouvence sur un art plus sophistiqué mais frôlant parfois l'asthénie ou se perdant dans les amphigouris.
  Les reprises de Falla par Paco de Lucia, de Domenico Scarlatti par Canizares, ... de Brouwer par Josua Tacoronte (vide infra) semblent donner une seconde vie à ces musiques et mettre la scène de leur réprésention sous un autre éclairage, généralement plus contrasté, sol y sumbra. Parfois même, à côté des très belles interprétations classiques (Téresa Berganza et Narcisso Yepes dans les Canciones Españolas de Lorca) les intrusions du flamenco dans le domaine classique (Paco de Lucia dans le concerto d'Aranjuez ou Ginesa Ortega dans El amor Brujo) semblent être une reprise de son bien par la musique première.
  • El emigrante de F.G. Lorca por Paco de Lucia y Ricardo Mondego
  • Escena de Falla (El Amor Brujo) por Paco de Lucia y Ramón de Algeciras
  • K. 32 Aria de Domenico Scarlatti por Canizares
  • Cancion del Amor Dolido de M. de Falla (El Amor Brujo) por Ginesa Ortega y Josep Vicent
  • Solea de Regino Sainz de la Maza por Franz Halasz
  • Seguidilla de Emilio Pujol por David Russell


  • Divan del Tamarit: Lorca, Cordoba, ... (1998)
      1998 voit Leo Brouwer impliqué comme chef d'orchestre (dans la suite de sa prise de fonction à Cordoba) et comme arrangeur de la musique de Carlos Cano sur les paroles de Federico García Lorca de 1922; ce Divan del Tamarit nous apparait comme l'aboutissement logique d'une passion qui ne connut pas d'affaiblissement et de la première consécration européenne de Leo Brouwer.
      La connaissance, la familiarité pourrait-on dire que Brouwer entretient avec le flamenco - auquel il fut initié par son père - les hommages réitérés du jeune compositeur à Falla (les Tres Apuntes 1959 et le Homenaje a Falla 1958) l'ont précosement préparé à un tel séjour ibérique.
      C'est aussi la libéralisation du régime espagnol d'après la didacture, un changement radical de la société qui permet à ce chef "sorti de la révolution cubaine" et au poète républicain propagateur du souffle populaire de revenir au premier plan.
      Le flamenco par l'entremise du duo Paco de Lucia - Ricardo Mondego entreprend dès 1965 cette résurrection de Lorca grâce leur interprétation toute entière instrumentale des Siete Canciones españolas antiguas de 1923.
      C'est par ce même mouvement culturel et social que reviendra à la surface la Sonata para guitarra (1923) de Antonio José Martínez Palacios (1902-1936) qui connut le même sort que Lorca (1898-1936).
  • Casida de la rosa por Carlos Cano / arreglo de Leo Brouwer
  • Tres Apuntes: del Homenaje a Falla par Marie-Madeleine Doherty
  • Homenaje a Falla de Leo Brouwer par V. Pellegrini, M. Marasco, R. Calvi & M. Ortolani


  • guitarrista flamenco y orquesta cubano (2003)
      Dès la première période de la colonisation, Cuba devient un lieu d'échange musical alimenté par le commerce triangulaire, c'est-à-dire que Cuba devient une confluence de trois continents: l'Europe (l'Espagne bien sûr), l'Afrique (les différentes ethnies, yoruba ou bantoue) et les Amériques. Ultérieurement arrivèrent les chinois.
      Dès le début des années 2000, on voit se produire des collaborations entre les nouvelles générations du triangle qui relancent un circuit qui ne s'est jamais vraiment arrêté, même si, en particulier pendant le tragique épisode franquiste l'influence cubaine s'était portée vers Paris ou vers New-york.
      Dans le disque de Serranito Sueños De Ida Y Vuelta (2003) le flamenco instrumental se voit pour la première fois associé à un orchestre de chambre spécialisé dans les compositeurs contemporains de Cuba: Leo Brouwer, Carlos Farinas, Roberto Valera, José Maria Vitier, ..., des noms désormais tous familiers.
      On peut dire que cette collaboration est aussi une première du côté cubain, puisque un orchestre dont le répertoire ne sort pratiquement pas de l'île (exceptions: avec Egberto Gismonti et Leonardo Di Giusto) s'associe de manière inaugurale à un soliste représentant d'une tradition européenne difficilement adaptable.
      On appréciera une fois de plus comment l'universalisme n'est avec la génération de Leo Brouwer pas un vain mot tant il opère par des formules inusitées.
     Cette même année 2003 se produisit une autre rencontre inolvidable qui confirme le succès et l'éclairage réciproque du flamenco andalou et du son cubain: le duo Bebo Valdes & El Cigala dans Lagrimas Negras
  • Amorosa Guajira por Victor Monje Serranito & Camerata Romeu
  • Lagrimas Negras por Bebo Valdes y Diego El Cigala


  • Josué Tacoronte - Brouwer flamenco (2012)
      Le VIII Festival Internacional de Guitarra Clásica de Puebla, Mexico (2012) voit le guitariste cubain Josué Tacoronte (1977) dans un unique concert présenter et interpréter la première version d'un Brouwer Flamenco, produit par le compositeur et Isabelle Hernandez. Quelque temps après, l'aventure se poursuit au IV Festival Leo Brouwer de Música de Cámara de La Havane, avec pour programme:
    1. Danza Caracteristica
    2. Drume Negrita
    3. Musica Incidental Campesina
    4. Elogio de la Danza
    5. Un dia de Noviembre
    6. El Decameron Negro
    7. Nuevo Estudio Sencillo IX
    8. Metáfora del Amor

      L'année suivante, la Jiribilla se fait l'écho de l'évènement d'une formule lancée quasi-médiatiquement pour durer. En 2014, ce sont les Jornadas Internacionales de Guitarra de Valencia qui relaient un nouveau concert de Tacoronte. Et ce dernier d'expliquer:
    [...] “Es un espacio para actualizarnos con la obra del maestro Brouwer y acercarnos a piezas poco conocidas de compositores importantes desde el Renacimiento hasta la actualidad. [...]
    [...] Se respira libertad creativa y eso invita, emociona a los artistas. Vemos cómo Leo disfruta lo mismo con el jazz, la danza, el humor o el flamenco.[...]
    “Siempre voy a mantener mi esencia latina, porque es algo que llevo dentro, que forma parte de mi formación como músico. El flamenco incorpora las más disímiles raíces culturales y esa es una de sus potencialidades. Vas a Japón y hacen flamenco como si fuera Andalucía pero con sus características distintivas; vienes a América y sucede lo mismo. En Cuba tiene la esencia inconfundible de la síncopa, que resalta mucho dentro de esta música y que se disfruta mucho”.
    Josué Tacoronte y Brouwer en flamenco por A. L. García - intervista (2013)


    Déjà en 1997, le souffle du Cante Jondo
      Josua Tacoronte - transfuge flamenquiste du conservatoire Amadeo Roldán - est le second jeune de "l'école cubaine" (dont Brouwer nous dit que c'est là une facilité de langage) après Joaquin Clerch à qui le maestro vieillissant semble vouloir passer le relais. Joaquin parce qu'il perpétue la tradition du soliste cubain s'exportant (en Allemagne) que fut Rey de la Torre (aux U.S.A.) et parce qu'il est capable de composer des concertos (on le verrait bien se hisser à la direction d'orchestre), Josua, pour avoir osé et réussi l'interprétation hors les normes classiques des oeuvres les plus connues de Brouwer par le flamenco, tel qu'il se joue désormais. On avait senti la même complicité entre le chef de l'orchestre de Cordoba et l'andalou Vicente Amigo dont il orchestra le concerto Marinero en tierra (1997). Lorsqu'on sait que cette oeuvre s'inspire de Rafaël Alberti, on peut estimer que le flamenco porte ici le flambeau de la république espagnole.

  • Guajira del concierto para un Marinero en Tierra por Vicente Amigo y Leo Brouwer
  • Final Obligado de Carlos Farinas por Joaquin Clerch